mercredi 11 décembre 2024

Page couverture et quatrième page de mon roman


La voici, la voilà, la page complète de mon bébé littéraire (couverture et quatrième de couverture) ! Mon presque nouveau-né est en impression (dans l'incubateur) et sortira officiellement vers le 17 janvier 2025 ! J'ai évidemment pleuré en voyant sa belle bette ! Des larmes de joie et de fierté ont coulé sur mes bajoues. Mais on dirait qu'il faudra que je le touche, le caresse pour réaliser que c'est bien vrai, qu'une nouvelle porte s'ouvre dans ma vie ! Serez-vous au rendez-vous ? Est-ce que vous l'aimerez ? Quel sera votre personnage préféré ? Mon bébé est vivant ! Il respire l'espoir !

vendredi 22 novembre 2024

On ne touche plus à rien !

 


Après des recherches qui ont duré dix ans. Après l’avoir réécrit, retouché, retravaillé et recorrigé, pendant deux autres années. Après un mois de corrections intensives, de moult jeux de ping-pong avec mon éditrice, mon bébé littéraire (mon manuscrit), a enfin atterri à la pouponnière de ma maison d’édition. Et maintenant, c’est fini! Je me sens comme une candidate lors de l’un des défis d’élimination de la palpitante émission MasterChef Québec. J’entends : « On ne touche plus à rien! C’est terminé! ». Au secours! 

Le fait est que j’ai pesé un peu à reculons sur le bouton « enter » de mon portable. Quelques secondes plus tard, j’ai même pleuré! Serait-ce la peur qu’il s’y cache encore une ou des coquilles? Serait-ce que de vivre mon rêve me donne le vertige? Serait-ce que mes personnages me manquent?

Écrire, c’est sculpter des émotions avec des mots. C’est créer des relations intimes avec chacun des protagonistes en les accompagnant d’une montgolfière de bienveillance. C’est aussi essayer de comprendre ce qu’ils sont et interpréter leurs actions. Toucher du doigt leur cœur, les effleurer pour ne pas les effaroucher et les aimer sans compromis.

Maintenant, j'attends de recevoir la page couverture. Pas de date prévue. Fébrile, je me sens comme une femme enceinte qui se dirige à l’hôpital pour sa dernière échographie. À qui mon bout de chou va-t-il ressembler ? 

Et puis, je tourne à 180 degrés.

— En tout cas, je n’ai pas encore lu ton roman, mais s’il est pourri, il n’aura pas de fautes! me dit mon chéri pendant l’une de nos longues marches automnales.

Ça m’a fait rire.

lundi 11 novembre 2024

La bonne soeur et son manuscrit



Crédit photo: moi-même (Fatima, Portugal, automne 2024)

Dans son abbesse, en pleine campagne québécoise, entre ceci (l’élection de Trump, la défaite d’Harris) et cela (Masterchef-Québec), la nonne laïque Nicole vient de terminer la correction de son manuscrit. Ce fût, semble-t-il, un véritable travail de moinesse, les prières en moins.

Sœur Nicole, qui est appelée aussi la nonne économe (elle est gratteuse) a pris trois semaines, à temps partiel, pour trouver ce que le logiciel de l’éditeur n’avait pas repéré et également constater que le passé simple n’était pas sa force.

Ce travail de longue haleine n’est pas terminé, il restera l’ajout de la page couverture du graphiste, la correction finale de l’éditeur, puis la sienne (encore…).

Je la regarde du coin de l’œil… Elle me semble un peu anxieuse. Y aura-t-il encore des fautes après la publication de son roman? pense-t-elle, peut-être.

Alors, en même temps qu’elle enleva sa cornette, elle s’exclama d’une voix forte : « Il faut cesser de penser à ce qui pourrait mal se passer et s’exciter à l’idée de ce qui pourrait bien aller! ».

Je n’ai pu m’empêcher de lui murmurer à l’oreille cette autre citation : « La foi, c’est monter la première marche alors que vous ne voyez pas tout l’escalier ».

Elle a aimé et m’a souri, puis, elle a remis sa cornette invisible (plus chaude qu’un simple voile) pour aller promener son chien très poilu. Son manteau noir cachait un jeans bleu. Bien hâte de la revoir pour savoir la suite.


jeudi 10 octobre 2024

Publier son roman

 


Le vent tourne ! Le petit coquin ! Il a pris son temps pour finalement me décoiffer. Avait-il peur de m’effrayer ?

Il y a mille et une raisons d’écrire un roman. La mienne m’est venue du besoin de partager mes découvertes généalogiques et historiques en utilisant mon imaginaire dans un contexte bien précis, celui du Bas-Canada de 1833 à 1886. Je vous rassure ici, mon bébé de 324 pages est loin d’être plate ! Il se veut moderne avec un brin de sensualité et dérangeant, en lien avec certains sujets tabous que l’on ne retrouve jamais dans ce genre littéraire.

Et lorsque le manuscrit est terminé, qu’est-ce qu’on en fait ? On l’envoie pas mal partout ! Malheureusement, nous sommes trop nombreux pour le peu de maisons d’édition et si vous n’êtes pas une personne connue, vous aurez toutes les peines du monde à y avoir vos entrées. À moins, bien sûr, d’avoir écrit un chef-d’œuvre (seulement 3 % des manuscrits sont publiés) ! Alors, il reste l’autoédition ou le partenariat. J’ai donc choisi la dernière option.

« Elle avait aimé », mon premier roman sera publié avec Essor-Livres éditeur (Distribulivre), à la fin janvier 2025. J’aurai la chance d’être présente à trois salons du livre (Montréal, Québec et Sherbrooke). Le lancement sera fort possiblement en mars. Mon bébé roman sera disponible (version papier) sur le site de Distribulivre (pour le Canada) ainsi qu’une trentaine de librairies au Québec. J’ajouterai plus tard, le numérique et l’Europe. Je garderai une bonne quantité de livres que je pourrai vendre personnellement. Entre-temps, j’aurai du travail avec mon éditeur, mais l’excitation est au rendez-vous, car une fabuleuse expérience s’en vient !

Dans les prochaines semaines, mes différentes plateformes de réseaux sociaux telles Facebook, Instagram, LinkedIn, deviendront « Nicole Simard-auteure » (et oui, même après un seul manuscrit !) On ne peut pas faire connaître un roman sans les utiliser. Si vous avez un œil de lynx, vous remarquerez que c’est déjà fait sur ce blogue. 

Je n’ai qu’un conseil à vous donner, celui de foncer, car il n’y a pas d’âge pour réaliser vos rêves !

mardi 17 septembre 2024

Les Américains

                                                                La zénitude de Charlie


Aller à vau-l’eau, vais-je m’en souvenir ? Jusqu’à ce jour, je ne l’avais jamais entendu, jusqu’à ce que je mette mon nez dans un autre roman de Musso. Cette vieille expression du 12e siècle signifiait de descendre une vallée en pente et depuis le 16e, elle veut dire : « courir à sa perte ». 

Les grands yeux brunâtres de Charlie, mon mini doodle, me fixent pendant que son museau, appuyé sur mes pieds, ne bouge pas d’un pouce. Une musique relaxante de Dan DeSantis chatouille nos oreilles et Charlie est zen comme un lotus en fleur qui flotte sur l’eau. Ce qui n’est pas trop mon cas. Peut-être que j’écoute trop les nouvelles internationales ? Cette dangereuse guerre, entre l’Ukraine et la Russie, est désespérante (pour les Ukrainiens) et inquiétante mondialement. Il y a aussi qu’au Québec (Canada), nos voisins américains sont en pleine campagne électorale pour un nouveau ou nouvelle présidente. C’est la folie furieuse entre les démocrates et les républicains. Allons-nous assister à une troisième tentative d’assassinat contre Trump ? Est-ce que Kamala Harris sera la première femme présidente des États-Unis ? Voulez-vous bien m’expliquer pourquoi les républicains appuient Trump malgré de nombreuses fausses affirmations comme la dernière en liste que les émigrés haïtiens mangent des chiens et des chats à Springfield ? Je n’y comprends rien ! J’ai l’impression de lire un livre à l’envers. Trump s’en va à vau-l’eau et les républicains le soutiennent encore et encore… 

Pour arriver à mieux les cerner, je n’aurai pas le choix de m’informer. Ma zénitude attendra. Est-ce que je peux réincarner en chien dans une autre vie et surtout pas aux États-Unis ? 


mardi 10 septembre 2024

Le Portugal avec ce petit quelque chose d’inattendu


                                            Plafond/Convento de Cristo (ordre des templiers) à Tomar
                                                             Crédit photo: moi-même

Voyager, c’est vivre en toupie. Gober tout ce que l’on peut dans un court laps de temps. Je suis arrivée jeudi dernier du Portugal. J’y ai découvert son Nord, son centre et son Sud (15 villes incroyables, plus belles les unes que les autres). De tous les pays visités à ce jour, celui-ci m’a remis les pendules à l’heure en me faisant prendre conscience de la qualité de vie que nous avons au Québec (Canada). On le sait, mais on l’oublie ! À part nos hivers rigoureux et ceci et cela, nous sommes gras dur !

Toujours est-il que la seule guide du voyage, une grande brune avec des mèches blondes de Porto fut incroyable ! Du haut de ses 48 ans et avec ses 20 ans d’expérience, cette maman d’un jeune homme de 25 ans a su m’éblouir en raison de ses impressionnantes connaissances historiques et sociologiques. C’est justement ce dernier critère qui m’a le plus accroché.

Bien sûr, il y eut les fameuses tartelettes de Belém (une petite pensée pour le Dr Arruda), les plats typiquement du pays, des paysages époustouflants et des monastères incroyables. Sans oublier le style manuélin, Henri le Navigateur, l’ordre des Templiers, mais aussi des informations pertinentes sur les conditions de vie actuelles des Portugais. Et j’ai appris beaucoup de choses. Comme quoi ?

Les voici, les voilà.

Après que se termina la monarchie, soit en 1910, la dictature s’installa pendant 40 ans, plus précisément jusqu’en 1974. Par la suite, les Portugais rejoignirent l’Union européenne le 1er janvier 1986. À ce jour, ils ont donc une importante dette à rembourser, ce qui diminue leur pouvoir économique.

Dans cette république, tout est cher, incluant le loyer (sauf l’alcool et les cigarettes afin que le peuple ne se révolte pas). Le salaire minimum est de 860 euros/mois. Ainsi, les Portugais ne font plus d’enfants, et ce, même si sa population est la plus vieille d’Europe. Des relents de la dictature (contrôle de l’état) sont toujours omniprésents comme la facturation électronique de tous leurs achats. Le gouvernement sait ce que chaque personne dépense avec l’imposition obligatoire d’un numéro fiscal que les Portugais doivent présenter partout. De plus, ils paient beaucoup de taxes (25 %) et l’une d’elles est en santé (selon leurs revenus individuels). Il y a du privé aussi (inaccessible). La retraite est possible à 66 ans, mais peu de gens ont les moyens de la prendre. Les travailleurs ne sont pas couverts en cas de maladie. L’assurance-emploi existe, mais ils ne peuvent refuser que deux fois une offre. Je vous passe le reste. Force est de constater qu’en comparaison au Québec, je vis dans de la ouate !

Néanmoins, il y a du positif. La République est verte, très verte (éoliennes, voitures électriques, panneaux solaires) ! Même que, par mesure de prévention, ils ont l’obligation de nettoyer les alentours de leur demeure afin d’éviter que les incendies ne se propagent. 

Les Portugais me semblent très résilients et dotés d’une grande force de caractère. Ils doivent marcher droit, très droit. Un peuple introverti (tout en retenue), riche de plusieurs cultures, dont un immense héritage islamique. Obrigada à mon incroyable guide « E », qui ne peut se permettre de prendre des vacances puisque sa vie, « c’est la survie » comme elle a dit. Somme toute, il n’y a pas que des panoramas éblouissants au Portugal. Il y a aussi un peuple qui en arrache. Respect pour cette génération sacrifiée.

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux » (Marcel Proust).

                                                                         Porto (Gaïa) 

                                                                Crédit photo: moi-même

mercredi 14 août 2024

La reine de rien

(Fallait bien que je reste incognito ! :) ) 

Il faut que j’écrive. Vite, ouvre-toi mon portable adoré ! Est-ce que mes yeux et ses nombreux corps flottants vont m’en donner l’autorisation ? Il y a deux jours, le goût m’en est venu à la sortie de la douche. Depuis, je me sens comme une femme enceinte qui veut absolument son cornet de crème glacée aux saveurs bizarroïdes de chocolat et de cornichon à 3 heures du matin. Qu’est-il arrivé de si inspirant pour me redonner l’étincelle d’écrire ? Vous vous souvenez de Monsieur le Marquis ? L’homme de ma vie depuis quarante ans. C’est lui, le coquin, l’allumeur, il m’a fait rire. Quel pouvoir !

Je vous raconte…

Le marquis s’était allongé sur son fauteuil Bergère inclinable, blanc cassé avec le « pitonneux » (la télécommande) dans sa main droite. Allait-il s’y endormir encore une fois ? Dans 30 minutes, dans une heure ? Bref, ce n’était pas important, car je tournais en rond dans ma petite cuisine telle une vieille et nonchalante lionne en cage. J’étais à la recherche de ma bouteille (thermos) d’eau, mon indispensable.

— Chéri (ai-je vraiment dit : « chéri », oui, c’est tellement joli).

— Quoi ?

— Tu écoutes quoi ?

— Tu le vois bien, le tennis.

— Et qui jouent ?

— Rublev contre Popyrin.

— J’connais pas. Enfin ! J’ai trouvé ma bouteille, mon biberon ! Tu sais, avant, je pouvais boire l’eau tiède, presque chaude. Avant, je n’avais pas de bouffées de chaleur. Je supportais la canicule de l’été si facilement, alors l’an prochain, on achètera un climatiseur. Je change, je change… Je deviens une vraie princesse !

Pourquoi je dis tout haut ce qui me passe par la tête ? Pourquoi je ne me ferme pas le clapet ?

— Princesse ? Non. Je dirais plutôt une reine ! Le ton du marquis était assuré tel un connaisseur de grands vins.

— Et que tu es drôle (je me suis vraiment esclaffée) ! J’avoue, j’ai peut-être trop été élevée dans de la ouate.

— Moi, je suis le marquis. Je reste le marquis, toujours le marquis et tes souhaits de reine se doivent d’être comblés !

— Merci Monsieur le Marquis ! Tu viens de me donner le goût d’écrire sur mon blogue !

— Ah non, pas encore le marquis sur ton blogue ! Oublie-moi !

— Pas question ! Faut que je prenne l’inspiration où elle arrive. Elle se fait si rare.

— Va lire, pas écrire ! T’as pas une brique de Pancol de 760 pages à finir ?

— Oui, mais avant, je vais écrire !

— Je m’en fous ! Va, va…

Voilà. Je me suis couchée dans mon lit, les jambes repliées sur mon bedon, crayon au plomb dans ma main droite glissant sur une pile de feuilles lignées. Puis un brouillon émergea rapidement.

La porte coulissante en bois de grange entre la chambre et le salon étant ouverte, j’ai ajouté :

— Je m’amuse à faire des recherches sur Google. Savais-tu qu’à un certain âge, l’abeille reine, qui n’est plus féconde, sera chassée, même tuée par les autres abeilles ? Les vilaines s’en choisiront une autre pour survivre. Pauvre abeille reine ! allez, tu es vieille, on ne te veut plus ! Es-tu là ? Tu dors ?

— Non, mais ça ne sera pas long. Ouais, surprenant. Il y a de la hiérarchie partout, pas juste chez les humains. Je dirais que c’est une question de survie, c’est tout.

— Oui, je sais, mais c’est triste quand même pour la doyenne.

Je suis repartie dans mes recherches et le silence s’intensifia. Monsieur le marquis roupillait sur sa chaise comme un gros bébé avec les lumières et la télé allumées. Il n’est pas douillet, il dort n’importe où. La reine, elle, c’est autre chose. Elle a retrouvé son sourire comme les mots sur son clavier. Ce n’est pas rien pour la reine de rien.

mercredi 7 août 2024

Femme papillon

 


C’est un été chaud et humide que je savoure à grosses gorgées de volupté. Il y a tant de gens que j’ai aimés qui ne peuvent plus le faire. Je supporte bien la chaleur surtout allongée sur une imposante chaise suspendue, recouverte d’un épais coussin rouge dans mon boisé juxtaposé à la rivière. La plupart du temps, un vent s’y cache s’amusant à faire virevolter les feuillus. Une belle fraîcheur chatouille mon visage et le museau blanc de mon chien Charlie. Lui, couché entre mes jambes, il est au paradis. Mon cerveau s’engourdit au même rythme que l’eau qui y coule. Il y a de ces moments que je goûte en ayant l’impression d’être un gros paresseux accroché et suspendu à la branche d’un arbre. Est-il plus doué à ne rien penser ? Mon corps est au neutre, mais mon esprit voyage. En vieillissant, je deviens du papier de soie fragilisé, sans sa merveilleuse légèreté. Serait-ce le cancer de mon fils (il est en rémission), la maladie de mon conjoint (il a été sauvé), la mort d’un ami (l’été passé), qui me font me sentir si vulnérable ? Pourquoi faut-il que j’analyse tout le temps mes états d’âme ?

Bien que j’eusse préféré écrire sur autre chose (j’avais même commencé deux textes, l’un sur Biden et l’autre sur Céline), mon esprit me dicte celui-ci. Il sera songé et sera à prendre ou à laisser. Vieillir me rend anxieuse. Peut-être y a-t-il trop d’enterrements dans ma vie ? 

Nous sommes des humains de notre époque, mélangés avec plusieurs autres générations : la silencieuse (1930-1945), les fameux babyboomers (1945-1965), la « X » (1965-1980), les milléniaux « Y » (1980-1996), la « Z » (1995-2012), l’Alpha (2012-2022) et la Beta (2020-2040). Il y a de quoi s’y perdre ! Mon petit doigt me dit que nos traditions et nos croyances appartiennent à la période que l’on vit. Une dilution progressive s’effectue naturellement jusqu’à disparaître avec le temps. Perdurer est une utopie et justement, avancer en âge nous en fait prendre conscience, trop d’ailleurs. Nous sommes des feux d’artifice, le moment d’un instant. Plus chanceux que la plupart des papillons qui n’existent qu’une journée à quelques semaines et même la nuit, ils dorment en plus ! Ça fait court, je trouve ! Est-ce que mes pensées peuvent arrêter de papillonner ?

Mon grand ennemi est la peur de voir souffrir et mourir ceux que j’aime. Vous le voyez bien, comme une fougère, je penche la tête. En fin de compte, j’aurais peut-être dû parler de Céline, aux JO de Paris !

Chaque jour est un bonus de la vie. Une caresse sur du papier de soie fripé.

mercredi 26 juin 2024

Je suis Céline Dion




Comme une enfant de 7 ans, je comptais en cachette les dodos qui me séparaient de la date ultime de visionner le documentaire « Je suis Céline Dion » sur Prime Video. Et même habitée par une intense appréhension, celle d’être chavirée, le grand jour arriva. 

Entre nous, j’en suis encore bouleversée. J’ai vu une bonne quinzaine de spectacles de notre diva internationale. Le premier au Nouveau-Brunswick (1985), plusieurs au Québec, sans oublier à Paris et à Las Vegas. Elle ne m’a jamais déçue, bien au contraire. Céline a toujours été dans une classe à part, celle de la perfection. Mais à quel prix ?

Ce documentaire fut extrêmement difficile à regarder tellement la charge émotive est forte. Le cruel syndrome de la personne raide dont Céline souffre (premiers symptômes sans le savoir en 2008) est sans pitié. C’est en ingurgitant jusqu’à 90 milligrammes de Valium que les « the show must go on » devaient continuer. Impossible de ne pas pleurer quand elle essaie de chanter et que sa voix craque lorsqu’elle nous explique les ravages de sa maladie. Sa peine nous prend à la gorge, aux tripes et au cœur. Brisée, recluse chez elle avec ses employés et ses fils, dans un état de vulnérabilité extrême, elle se dévoile sans pudeur. Un pied dans son passé, son immense hangar est devenu le musée de sa vie. Comment va-t-elle se redéfinir maintenant ? Comment va-t-elle survivre à cette cruelle maladie ? Finalement, sa violente crise m’a achevée. J’aurais voulu traverser l’écran pour la réconforter. Impuissants, nous étions des milliers. 

Céline respire la musique, c'est sa bouteille d’oxygène. Souffrante, malade, elle ne vit que pour cela. Je ne la reverrai jamais sur scène, c’est évident, mais j’aurai la chance d’entendre quelques chansons inédites sur un nouvel album prochainement. Elle devra faire le deuil de ce qu’elle a été, je ne sais pas comment, mais avec sa force de caractère, elle y arrivera. Le « C » de son prénom définit son immense courage. J’ai juste le goût de la serrer dans mes bras, de cœur à cœur, d’âme à âme, longtemps, longtemps… The show must not go on, Céline. Ton corps te parle si violemment…

jeudi 20 juin 2024

Caroline Dawson

 


Le 19 mai dernier, Caroline Dawson est décédée des suites d’un cancer. Elle n’avait que 45 ans. L’autrice nous lègue « Là où je me terre », un récit parut en 2020. C’est l’histoire d’une petite fille de 7 printemps, allergique aux injustices, déracinée de son Chili natal et qui se retrouve au Québec. Sociologue au cégep et maman de deux jeunes enfants, la mort est sans cœur.  

Il y a des hasards qui me font sourire. Coïncidences, signes du destin ou synchronicités invisibles ? Je n’en sais rien. Je vous raconte. Mardi dernier, en manque de mes doses de drogues littéraires, en pleine canicule, je me suis rendue à ma charmante et minuscule bibliothèque située au village. Je venais tout juste d’arriver lorsque l’une des deux bénévoles, celle avec les cheveux enneigés, se dirigea vers moi d’un pas décidé.

Un livre dans les mains, elle m’annonça d’un ton un peu autoritaire et d'une voix forte :

— Vous devriez lire ceci ! Je ne l’ai pas lu, mais ma sœur, elle, oui ! Il est tout petit, vous allez le finir dans deux jours, maximum. Vous lisez vite !

J’étais stupéfaite. Je voulais justement le réserver, mais ça m’avait complètement sorti de la tête. « Cette dame est une sorcière qui s’ignore », pensais-je, en ajoutant :

— Merci ! Je le prends ! Je vous en donnerai des nouvelles.

Je l’ai placé sur mon cœur, entouré de mes bras, il était mien. Et puis…

Caroline Dawson a écrit une œuvre percutante, profonde et bouleversante. De sa plume d’hypersensible et d’une manière désarmante, elle nomme adroitement les différences entre les classes sociales. Les siennes, parfumées de honte et d’isolement. Les miennes, si éloignées d’elle.

Alors, en cette journée internationale des réfugiés, ce livre est un incontournable. Tout le monde devrait le lire, car les mots de Caroline Dawson servent de ponts entre nous tous.

 

mardi 18 juin 2024

La grande Céline Dion

 


                                             

Hier, à mon réveil, les cheveux en bataille, les pieds qui traînaient sur le plancher brun marbré en bois flottant, je me suis dirigée vers mon homme. Appuyé sur le comptoir de la cuisine, il sirotait son café. En me voyant arriver, un léger sourire se dessina sur son visage. Ma tête se déposa sur son épaule comme un chat recherchant de l’affection. Il me dit :

— Si ça continue comme ça, je vais arrêter mon golf. Je ne m’améliore pas du tout. C’est pire que l’an passé.

— Quoi ? lui ai-je marmonné, la bouche un peu pâteuse.

— J’y pense, ajouta-t-il.

— Pense s’y même pas ! Céline, elle, a une maladie orpheline dégénérative et elle s’entraîne comme une malade pour revenir sur scène ! T’as vu dans le documentaire de Jean-Philippe Dion, elle fait des crises tellement terribles qu’elle doit avoir à sa disposition des boutons d’alarme dans sa maison pour que ses ados, Eddy et Nelson, interviennent !

Mon homme, songeur, continua de boire sa dose de réconfort pendant que j’ouvris le frigo pour nous servir du jus d’orange dans deux petits verres bleus transparents.

Puis, mon laïus se poursuivit :

— Bon, bon, bon, lors du visionnement, pendant une pause, je t’ai dit qu’elle devrait décrocher, penser à retrouver un semblant de santé et profiter du temps qu’il lui reste pour voir grandir ses enfants. Aujourd’hui, je vais être plus nuancée. Céline devrait, ne devrait pas, je ne sais pas, parce que je ne chausse pas ses souliers. Je ne peux que trouver extrêmement triste ce qui lui arrive, mais toi, tu dois poursuivre. Ton cœur a été remis en fonction pour un bon vingt ans encore. Alors, golf must go on !

Il y a beaucoup de Dion, mais juste une Céline avec une voix unique, un destin unique et une fichue de maladie unique ! Cette athlète de haut niveau nous donne une leçon de vie, de persévérance et de courage. Cinq jours par semaine, elle fait de la réhabilitation vocale et physique. Peut-être la verrons-nous chanter à l’ouverture des Jeux olympiques de Paris ? Mais Céline, c’est Céline. Nous sommes tous différents face à l’adversité.

Le documentaire « Je suis : Céline Dion » sera disponible sur la plateforme Prime Video, le 25 juin prochain. En attendant, notre diva nationale nous motive, un peu, beaucoup, passionnément. Prenez la dose qui vous convient parce que ça ne peut que vous faire du bien ! 

lundi 10 juin 2024

La saga d'être publiée


« N’attends pas d’atteindre ton objectif pour être fier de toi. Sois fier de chaque pas que tu fais »

Karen Salmansohn

Quelle belle pensée à méditer ! Parce que dans mon cas, il deviendra mon mantra des prochains mois. Je vous explique. Écrire un roman prend du temps parce qu’il faut le peaufiner plusieurs fois. C’est à l’image d’une dentellière tissant différents personnages, lieux et intrigues. Les mots se transforment en fils de coton et le crochet est le clavier. Pour ma part, cela m’aura demandé deux ans, la tête dans les nuages, constamment habitée par eux, jour et nuit. Je vous passe les années de recherches à fouiller sur l’époque. Un vrai travail de moinesse ! Entre vous et moi, je n’ai pas écrit un chef-d’œuvre ni un navet. Il y en a des meilleurs et des pires. Le mien est une saga historique à deux récits parallèles. Autant dire très niché et pas au goût du jour. Sans compter que je suis une pure inconnue autodidacte. Je vous passe l’âgisme.

Et la publication dans tout cela ?

Tout a commencé par une inscription à un concours littéraire en 2023 que je n’ai pas gagné, mais qui m’amena à recevoir les précieux conseils d’un agent. Ce qui, finalement, m’ouvrit une porte dans une grande maison d’édition québécoise. Elle se referma lorsque la réputée directrice mentionna :

  • ·       Belle plume ;
  • ·       Personnages vivants et leurs relations bien dépeintes ;
  • ·    Pas de tension dramatique qui vient sous-tendre l’ensemble du roman. La quête du personnage principal ne suffit pas à cet égard.

Certaines maisons d’édition reçoivent 800 manuscrits par année et n’en publient qu’un petit nombre. C’est encore beau d’avoir été lu ! Je sais, mais je veux aussi être publiée !

Puis, vint un second refus. Quoique charmant, celui-ci me toucha droit au cœur :

  • ·       Grande maîtrise de la langue ;
  • ·       Contextualisation historique exceptionnelle ;
  • ·       Trop de trames différentes à la fois.

De ces fins de non-recevoir, il y a quand même une minuscule petite lueur d’espoir. Celle avec un dernier éditeur, mais son choix final s’effectuera « avant juin 2025 ». Attendre encore un an… À mon âge, j’ai le temps de mourir dix fois ! Alors, je me suis mise à faire des recherches dans le monde de l’autoédition. Il y en a pour tous les goûts et les bourses, entre 1000 $ et plus de 5000 $. C’est à s’y perdre. Je vous assure.

Tout compte fait, j’ai décidé d’attendre et de vivre au lieu de commencer un autre manuscrit. Faire ce que j’avais mis de côté, ignoré, tassé, afin d’écrire à n’en plus finir. Quelquefois, il m’arrive de laisser glisser mon crayon de plomb sur du papier à dessin pour faire apparaître des visages féminins. Mon portable est en quarantaine prolongée, caché entre le long bureau de ma chambre et le mur. Je le boude. Et qu’il n’essaie surtout pas de m’amadouer !

mercredi 8 mai 2024

Petit matin philosophique

 


Étais-je si heureuse que cela ? C'est la question que je me pose lorsque je regarde cette photo de moi. À peine peut-être quatre ans, pourtant, je ne me souviens que d'une petite fille lunatique, peureuse et inquiète que ses parents meurent du jour au lendemain. Depuis, ils ont disparu, mais voulez-vous bien me dire où ?

Nous sommes les gens de notre époque, celle que nous vivons. À l’hiver de notre existence, nous sommes dépassés du maintenant, de cette ère que l’on traverse et qui galope à grands pas de géant. Trop vite, trop d’adaptation, trop de trop. S’accrocher à nos souvenirs, regarder des photos imprimées (pas dans notre cellulaire) et le bonheur revient. 

Ai-je tendance à embellir le passé ?  Certes, je crois bien. Estimer la valeur et admirer les hommes et les femmes d’hier est si facile pour moi, mais mon jugement critique reste limité. Je ne peux interpréter les anciennes générations, car il manque à ce casse-tête, les morceaux de leurs pas que je n'ai pas foulés.

Comprendre autrefois demeure donc difficile puisque je suis déjà demain. Alors des moments d’arrêt s’imposent, de plus en plus. Ils me remplissent du vide de cet espace de temps à l’avance résolu.

lundi 15 avril 2024

Dessiner

 


J’ai de la chance, c’est certain. Celle d’avoir dans mon entourage une ancienne portraitiste professionnelle qui, avant sa retraite, dessinait le visage de nombreux visiteurs dans une ruelle adjacente à la rue du Trésor à Québec. À mon humble avis, cet endroit touristique a été calqué afin de ressembler au quartier animé de Montparnasse à Paris. Une bien minuscule et pâle copie que les voyageurs savourent quand même sans rechigner. Je ferme la parenthèse et je poursuis, là n’est pas le sujet. J'aime tourbillonner. 

Mon amie a été professeur à la Maison des Métiers d’Art de Québec et partageait son savoir dans un cours de dessin d’observation. À sa dernière visite chez moi, elle m’a laissé un document qui parle de dessiner avec son cerveau droit, d’après le livre et la vision de la papesse dans ce domaine : Betty Edwards. Entre vous et moi, les seules Betty qui me sont venues en tête étaient : Betty Davis, une ancienne actrice américaine, le personnage de la BD ARCHIE et les recettes de cuisine de Betty Crocker. Je tourbillonne fort aujourd'hui ! 

Je reproduis des portraits à l’instinct. J’ai beau essayer en prenant des mesures comme il est enseigné dans les tutorats sur YouTube, je m’y perds. Seul mon pif s’impose et refuse que j’utilise les formes géométriques. Il veut être libre et m’ordonne de laisser glisser mon crayon sans trop réfléchir et… je l’écoute. À chaque fois, j’ai le cerveau vaseux, dans un état second, voire méditatif. Quel bonheur !

Après lecture du document, j’ai retenu que la main gauche est reliée à l’hémisphère droit et la main droite à l’hémisphère gauche (je ne m’en souvenais plus du tout) et que pour dessiner, il faut débrancher notre cerveau gauche (rationnel, analytique) et employer le droit (intuitif et global). C’est ce que le mien arrive à faire naturellement si je laisse toute la place au plaisir et non à la performance. C’est fou comme la peur de ne pas réussir peut me bloquer et ma bête noire s’appelle : les dents !

Toujours à sa dernière visite, l’ancienne portraitiste me demanda, en observant mes dessins déposés un peu partout sur la table :

— Pourquoi tu ne dessines pas les dents dans tes portraits ? Ils ont tous la bouche fermée. 

— Trop difficile. J’ai déjà essayé. Je n’y arrive pas. Les dents me stressent.  

Elle releva lentement la tête et son regard me dévisagea.

— Nicole, des dents ne sont que des courbes et les courbes ne mordent pas.

Je médite encore là-dessus…

jeudi 4 avril 2024

La princesse Juliana et les tulipes d’Ottawa

 

                    Crédit photo: Par Herman Deutman (1870-1926). https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2449255


Il était une fois une princesse qui s’appelait Juliana. Pas Diana ni Kate. Elle était l’unique héritière de la reine Wilhelmine et du prince Henri des Pays-Bas. Sa vie semblait paradisiaque, mais ce n’était qu’un mirage rose bonbon, car elle devait respecter à la lettre une éducation rigoureuse, sévère et protocolaire. Enfant solitaire, sans une fratrie ni amis, elle n’eut qu’une idée en tête : « Lorsque je serai grande, j’aurai une grosse famille ! »  C’est donc à 27 ans, aux Jeux olympiques de 1936, qu’elle rencontra son prince charmant, un Allemand. Un an après, le mariage fut célébré et la maternité ne tarda pas à illuminer son existence. Beatrix montra le bout de son nez, en premier, Irène l’imita l’année suivante.

En 1940, face à l’invasion nazie, l’Altesse Royale, qui avait alors 31 ans, partit avec ses deux fillettes sur le chemin de l’exil pour se réfugier à Stornoway, à Ottawa (maintenant la résidence officielle du chef de l’opposition). Le prince, lui, resta à Londres, afin de coordonner avec la reine Wilhelmine les forces militaires des Pays-Bas avec la Grande-Bretagne. Toutefois, il lui rendit visite plusieurs fois et en janvier 1943, Juliana donna alors naissance à Margriet, en l’honneur de la marguerite, symbole de la résistance hollandaise.

Jusque-là, l’histoire est chouette. Je poursuis.

Juliana, qui considérait sa famille semblable aux autres, décida d’envoyer ses petites chéries à l’école publique et conséquemment, ses filles goûtèrent à ce qu’elle n’avait jamais connu : apprendre et s’amuser avec des amies, demeurer dans une maison de campagne et savourer une certaine liberté. Au Canada, les règles strictes de la cour étaient presque inexistantes et vivre différemment devenait grisant. La famille dégustait le plaisir de se sustenter, tous ensemble, dans une humble salle à manger au lieu d’une immense salle de bal. Comment ne pas apprécier ? Par ailleurs, Juliana ne se croisa pas les bras en attendant que la guerre se termine, elle s’engagea dans la résistance jusqu’en 1945, l’année de son retour dans son pays. Finalement, elle devint reine en 1948. Je vous épargne le reste de l’histoire de sa vie.

Revenons à Ottawa. Pourquoi les tulipes au printemps envahissent-elles la capitale du Canada ? Donnez-vous votre langue au chat ? C’est en reconnaissance aux 7 600 soldats canadiens qui ont péri lors de la libération des Pays-Bas et pour avoir accueilli la princesse Juliana et ses enfants pendant la Deuxième Guerre mondiale durant cinq ans. Ainsi, depuis 1945, chaque année, le gouvernement néerlandais envoie au Canada des milliers de bulles de cette fleur printanière. Ce qui, avec le temps, donna l’idée à la ville d’Ottawa de créer Le festival canadien des tulipes. Cette année, il aura lieu du 10 au 20 mai, 300 000 tulipes y fleuriront le long du canal Rideau.

Il était une fois, une plante vivace, sans odeur, qui repoussait d’année en année à Ottawa, grâce assurément à la reine Juliana !

 

Crédit photo: Site Istockphoto

mercredi 28 février 2024

À coeur ouvert


Crédit photo: site depositphotos.

Je n’ai jamais connu un hiver aussi doux. Cette année, je n’ai même pas chaussé mes raquettes en raison du manque de neige. C’est une première et sûrement pas une dernière. Sans vouloir être une catastrophiste, il me semble que nous sommes rendus au point de non-retour, car le réchauffement s’accélère à vitesse grand V partout sur notre belle boule bleue. Difficile de ne pas faire d’écho-anxiété.

Parlant de stress, j’ai atteint un pic, lorsque mon chéri s’est fait opérer à cœur ouvert, le 5 février dernier. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais ce fut épique. Ipso facto, vous devrez me pardonner de ne pas en dire plus et d’écrire aujourd'hui sur une banalité. Histoire de me changer un peu les idées pendant sa convalescence.

Ce qui fait que, hier, en début d’après-midi, j’ai revêtu mon éternel manteau recyclé, couleur corbeau, mes bottes trop chaudes et ma légère tuque aux motifs d’empreintes de chats et de chiens, pour aller à la bibliothèque de mon pittoresque village. Le ciel tirait davantage vers un bleu Monet que d’un Van Gogh. Les rayons du soleil m’enveloppaient des pieds à la tête, décidément, j’étais trop habillée ! J’ai toujours eu de la difficulté avec le choix de mes vêtements versus la température. Malheureusement, j’aurai le temps de m’améliorer avec les changements climatiques qui s’amplifieront d’année en année. Bref, je poursuis.

Lorsque mon pied droit, suivi de l’autre, entra dans ce temple de l’imaginaire, j’ai aussitôt remarqué, à ma gauche, une nouvelle bénévole, en formation avec l’abbesse Madame « G ». Nicole par-ci, par-là, mon homonyme semblait l’écouter religieusement.

Après les salutations d’usage, c’est en accrochant mon manteau sur un crochet mural que j’entendis la doyenne dire à la nouvelle :

— L’hiver est terminé ! Fini ! Tant mieux ! Hein ! Aimes-tu ça les chocolats ? T’as pas l’air. Ben, donne-moi-les ! Moi, j’aime ça ! Tantôt, tu devras aller poster une lettre.

Trois sujets dans une même phrase. La doyenne savait aller droit au but, me suis-je dit.

— Chu tu obligé ? ajouta mon homonyme.

— Ben oui ! L’adresse pis même le timbre sont dessus. Là, je te laisse pour continuer ma job en arrière.

— Je fais quoi pendant que t’es pas là ?

— Tu attends le monde ! Y vont ben finir par arriver !

— Ok, ajouta d’une voix timide Madame Nicole.

La doyenne disparue comme l’éclair pendant que je choisissais mes bouquins.

Au bout du compte, mes livres dans les mains, mon homonyme me reçut avec une grande gentillesse lorsque je les lui remis. J’appris même qu’elle avait deux gros chiens. Puis, elle s'arrêta de parler pour glisser son lecteur optique sur le code-barres des trois romans et me remit le relevé, sans le vérifier. Arrivée à la maison, je me suis aperçue qu’un seul livre avait été enregistré. 

J’aurai pu aussitôt appeler, certes, je vous l’accorde. Mais je me suis gardé une petite gêne parce que tout est archi-compliqué avec cette petite bibliothèque et qu'en ce moment, je cherche l'allégement, pas les complications. Je les ramènerai, simplement, à la date prévue, c’est tout. 

Que va-t-il se passer la prochaine fois ? À suivre. Qui sait.

P-S En passant, L’étrange voyage de Monsieur Daldry de Marc Levy est captivant ! 

Autre P-S important: Un immense merci aux cardiologues de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) d'avoir sauvé la vie de mon chéri ! Vous êtes des héros ! Rien de moins ! 

jeudi 15 février 2024

Choisir ses combats

 


Il y a deux semaines, un mardi, sous un beau ciel bleu hivernal, je suis arrivée à la bibliothèque de mon pittoresque village avec la broue dans le toupet et dans mes mains, trois gros romans. Cette fois-ci, je n’ai pas enlevé mon manteau noir, celui recyclé en plume d’oie, ni mes bottes. Je voulais faire vite parce que mon chien était dans sa cage pour deux heures. Le pauvre souffre d’une encombrante anxiété de séparation. Ne me dites pas que j’ai trop tardé à le laisser seul, je le sais ! Alors, où en étais-je ? Ah ! Oui ! La bibliothèque ! Je poursuis.

À ma vue, Gertrude, Germaine et Ghislaine, les trois bénévoles que j’appelle affectueusement les trois « G », s’immortalisèrent, transformées en statues de sel, derrière leur long comptoir embourbé de livres. Dès lors, je me suis entendue penser : « Il me semble que je vais avoir des problèmes… Je veux juste garder “Skida Marink”, roman du prolifique auteur Guillaume Musso pour le terminer et leur remettre les deux autres ». Malgré mon doute, je me suis lancée :

— Bonjour mesdames, je vais renouveler seulement : « Skida Marink » de Musso. Je vous redonne ces deux-là que j’ai fini de lire. Je vais donc m’en chercher d’autres et je vous reviens.

— Allez ! m’ont-elles chanté en cœur, pendant que l’une d’elles se dirigea dans la section des nouveautés. 

La plus minuscule des ladies « G » plaça mes trois emprunts sur une montagne de livres, en les mélangeant avec les autres. « Je vais avoir des problèmes, c’est certain ! », me suis-je dit, la gorge légèrement serrée, le cœur battant, en sillonnant le premier rayon de bouquins. Après cinq minutes, j’ai joint : Les soigneuses de l’autrice, Nicole Villeneuve, juste pour l’époque, l’année 1940 et La symphonie des monstres de Marc Lévy, parce qu’il a une belle plume et le don de ficeler adroitement ses histoires.

La lilliputienne dame « G » s’est mis à pitonner sur son clavier, ajoutant :

— Voyons, ça ne fonctionne pas ! Voyons… Lequel livre déjà ?

Comme je l'observais chercher le bon bouquin que j’avais décidé de garder, j’eus pitié et je refis le perroquet avec un ton en dentelle et une voix de miel. Il me sembla qu’elle écoutait juste d’une oreille.

— Bon, bon, non. Bon… C’est correct, ajouta-t-elle.

Après quelques secondes d’un long silence, je l’entendis préciser :

— Mais je ne suis pas capable de vous donner le petit relevé, je vous l’imprime sur une grande feuille. Elle se leva promptement, sans me regarder.

— Pas de problème, ai-je répondu.

Aux pas de souris, elle revint me remettre la feuille, format lettre, la déposant sur le comptoir et retourna s’asseoir à sa chaise, le regard fixant son écran. Je n’existais plus. Je n’ai pu m’empêcher de vérifier.

— Madame, les dates du retour de mes emprunts sont différentes et les livres que je vous ai rendus n’ont pas été enlevés. Ils sont encore indiqués : renouvelés.

— Pas grave, me lança-t-elle, les yeux comme des revolvers.

— Non, mais, je pars avec trois livres et sur votre papier, c’est écrit cinq ! Ça ne fonctionne pas votre affaire !

— Bon, bon, bon, dit l’autre madame « G », celle élancée comme un céleri, qui avait suivi la conversation légèrement en retrait.

Elle fit quelques pas pour atteindre le comptoir où se trouvait la grande feuille et avec un stylo, traça un gros X sur les titres des livres que je lui mentionnais. Ensuite, elle modifia certaines dates de retour.

— Voilà, c’est fait ! s’exclama-t-elle.

— Mesdames, pourriez-vous corriger ces informations à l’ordinateur et me remettre un nouveau papier ?

— Oui, pour la correction. Non, pour vous en imprimer un autre, marmonna dame lilliputienne.

— Voyons, je ne vais pas partir avec un relevé indiquant encore cinq livres, quand, dans mes mains, j’en ai trois !

Dès lors, lilliputienne madame « G », bien installée sur son trône de fer, regarda sa complice, madame « G », l’élancée, qui, elle, avec un regard de loup affamé, me dévisagea, en ajoutant :

— Vous n’aurez pas un autre relevé. Celui que vous avez est suffisant ! Tout est correct dans notre logiciel.

Mon exaspération me parut une éternité, j’ai finalement répondu :

— Puis-je aller voir votre écran ?

— Venez ! dirent-elles, les bras croisés.

Ce que je fis. Et tout me sembla parfait.

— Alors, si je comprends bien, ce qui importe, c’est votre écran, pas mon papier ! ai-je conclu.

— C’est ça ! s’esclaffèrent les jumelles « G ».

— Alors merci mesdames ! dis-je, en abandonnant le relevé erroné sur le comptoir.

J’avais d’autres chats à fouetter. Toutefois, si un jour, je fais du bénévolat, je vous annonce que ça ne sera pas à la bibliothèque ! Et la morale de l’histoire : On ne s’obstine jamais avec de telles ladies ! Peine perdue, leçon apprise. À suivre...

dimanche 28 janvier 2024

La foi d'Éric-Emmanuel Schmitt


                                                             Crédits : ©Antoine DOYEN/Opale/

Je suis assise devant mon portable à la table de la cuisine, ce meuble ordinaire qui détient une valeur sentimentale extraordinaire. Je me gave d’entrevues en boucles d’Éric-Emmanuel Schmitt sur You Tube. À ma droite, un verre de vin blanc décante. En face de moi, l’amour de ma vie apprête pâtes et pétoncles. Vadrouille, mon énorme chien (faux, il est petit et ne porte pas ce prénom), est couché sur mes vieilles sandales Crocs grugées par sa dentition (vrai).

Monsieur Schmitt, grand philosophe à la Didelot et aux 25 millions de livres vendus, raconte sa visite sur la Terre sainte à la demande du pape François. Ses connaissances, son intelligence, son authenticité, sa vulnérabilité me touchent droit au cœur. Je me sermonne en me ramenant les deux pieds sur terre. « Il a beau être un érudit, il n’est pas si différent de ce que nous sommes », pensé-je. Mais je ne me crois pas. Comment fait-il pour vivre normalement ? Peut-être avons-nous les mêmes doutes, les mêmes peurs ? De mon côté, je suis une fourmi charpentière, une exploratrice aux délicates antennes arquées, à la recherche d’une parcelle de la sagesse et du talent de cet homme. Je me contente de ce que je suis, sans juger mes limites. J’y arrive très bien.

Pendant que je goûte au délicieux nectar italien qui sommeille dans une coupe Riedel, je me laisse griser par son témoignage. Un peu comme si j’étais invitée à une soirée et qu’il daignait me parler (OMG ! ). Je demeure ébahie de ce qu’il partage, de ses connaissances, de son analyse. Sa foi me dépasse, l’homme aussi. Il semble avoir tout compris. « La grâce se dévoile souvent à nous. Il vaut mieux se construire sur des éblouissements que sur des effacements », dit-il, devant un Stéphane Bureau stoïque. Comment a-t-il fait pour garder de la contenance face à une telle vérité ?

Je n’ai pas besoin de la religion, j’ai juste soif d’humains qui m’élèvent lorsque je les écoute, peu importe ce que la personne est, ou ce qu’elle fait dans la vie. Eric-Emmanuel Schmitt est l’un d’eux. Pourrions-nous le cloner pour les générations futures ?

Le repas est prêt. Que demander de plus ? Sa foi peut-être.

lundi 22 janvier 2024

Coup de coeur

 

                                                                 Crédit image: Freepik

En attente de l’évaluation de mon manuscrit par mon agent littéraire, j’occupe mon temps à la recherche d’informations pour mon deuxième roman, qui se passera fort possiblement au Saguenay pendant la guerre 39-45. Je ne sais pas trop ce que je vais garder ou supprimer, mais ces fouilles m’amènent à trouver de véritables petits trésors. En voici l’un d’eux : le transfert des avoirs et richesses de la Grande-Bretagne et de la Pologne au Canada. Je vous entends penser : « Ça va être plate, j’arrête là ! », et bien, poursuivez, car vous risquez d’être surpris !

En mai 1939, lors de la visite du roi Georges VI, soit quatre mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre, le navire militaire royal transporta, en plus des souverains, des lingots d’or pour qu’ils soient entreposés à la Banque du Canada. Secundo, en 1940, pendant « l’Opération Fish », 2 000 caisses de documents, certificats d’actions, valeurs immobilières et lingots d’or ont été acheminés à Montréal et à Ottawa. L’opération était risquée puisque 40 % des navires marchands furent coulés dans l’Atlantique. Au Québec, le lieu secret était : l’édifice Sun Life à Montréal. Attachez votre tuque, 6 000 personnes ont participé à cette opération. Le retour des avoirs en Grande-Bretagne a eu lieu en 1945.

Après la guerre, en raison de l’occupation soviétique en Pologne, les trésors polonais du château de Wawel à Cracovie (collection de tapisseries, épée médiévale du couronnement de 1320 à 1764 et richesses de plusieurs familles) furent cachés au Canada pendant 20 ans. La cerise sur le sundae, c’est qu’ils ont séjourné très longtemps dans la ville de Québec, plus précisément au Monastère des Augustines puis au Musée des Beaux-Arts de Québec (MNBAQ). C’est Maurice Duplessis, premier ministre du Québec de l’époque qui se chargea de les protéger, jusqu’à leur retour au château de Wawel, le 2 janvier 1961. 

Je vous suggère donc d’écouter sur TV5Unis ou Tou.TV Extra, les fascinants documentaires, des saisons 1 et 2 de : 39-45 en sol canadien. Vous y ferez une multitude de belles découvertes ! C’est mon coup de cœur du début d’année ! Au bout du compte, vous avez lu jusqu’à la fin ! Et puis ?

Ciao !

                                     Château de Wawel à Cracovie. Crédit photo: site Pixabay

 

 

samedi 20 janvier 2024

L'espionne et les trois G

 


J’ai presque toujours acheté mes livres en librairie parce que j’écrivais dedans et que je prenais tout le temps nécessaire pour les lire, et ce, sans me soucier d’une date de retour. Toutefois, mon budget, lui, ratatinait à vue d’œil. J’en gardais très peu puisque j’aimais les donner à mes amis ou dans des boîtes à livres. Les bouquins devaient voyager. Depuis mon déménagement dans un beau et pittoresque petit village situé sur la Côte-de-Beaupré, je les consomme différemment, précisément comme une boulimique qui n’a plus de fond. C’est l’avantage d’être à la retraite ! Le temps nous appartient ! Mes emprunts se font à la minuscule bibliothèque municipale, qui est loin d’être une caserne d’Ali Baba littéraire ! Les vieux bouquins se mélangent avec quelques nouveautés, mais cela me convient. Je m’y pointe toujours le bout du nez, les mardis à 13 heures, aux trois semaines. On ne se bouscule pas au portillon. Ce qui fait que, seule, j’assisterai peut-être à un spectacle inédit.

À l’entrée de ce haut lieu de l’imaginaire, j’y retrouve toujours les trois gentilles bénévoles aux cheveux poivre et sel et aux personnalités flamboyantes. L’une d’elles arbore même une mèche rougeâtre sur le côté droit de sa courte chevelure. Dans mon monde de licorne, c’est la délinquante du trio ! Elles ne le savent pas, mais je les espionne ! Je les ai baptisées, les trois G : Gertrude, Germaine et Gilberte. Ces ladies, à l’âme volontaire, me semblent avoir de l’énergie à revendre tout autant qu’un grand cœur. Mais pourquoi parlent-elles si fort et ne classent-elles pas les livres aux bons endroits ? me suis-je souvent demandé. En sourdine, comme une étudiante du Conservatoire d’art dramatique de Québec, je glisse ma main gauche sur les rayons remplis de bouquins, et j’avance très doucement, en écoutant leurs conversations. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis toujours la seule qui assiste à leurs représentations. Suis-je l’unique retraitée assoiffée de lecture au village ? Bof, tant pis pour les absents, ils manquent quelque chose !

— Gertrude, as-tu réussi à avoir la prescription de ton médecin ? se demanda Germaine, debout derrière le comptoir, les bras croisés.

— Oui, pis, je te dis que le gouvernement nous fourre ! Le médecin a ajouté à mon ordonnance des Tylenol, mais on paye cinq dollars de plus en pharmacie que chez Walmart en vente libre ! Je te dis qu’y faut être à notre affaire !

— Ben, je le savais que les Tylenol étaient moins chers chez Walmart ! C’est moi qui te l’avais dit ! Tu ne t’en souviens pas ?

Gertrude haussa les épaules et changea de sujet abruptement.

— J’ai apporté de la soupe aux gourganes pour tantôt, y viennent de l’habitant, pas de l’épicerie. Elles sont bonnes comme dans Charlevoix.

— Ça goûte quoi ? demanda Germaine, encore debout, mais cette fois-ci, elle empilait les livres, l’un par-dessus l’autre, en petites piles.

— Des gourganes, Germaine, ben, ça goûte… Des gourganes, s’t’affaire !

Les trois Miladys s’esclaffèrent en cœur. Elles semblaient s’aimer.

— La semaine prochaine, je t’en amènerai un pot ! Tu pourras y goûter ! Bon, je vais aller étiqueter les nouveaux arrivages, précisa-t-elle.

— Avez-vous trouvé le bouquin de Madame Verreault ? questionna Ghislaine, qui semblait désactiver le code-barre d’un livre avec un lecteur.

— Non, je pense qu’il est mal classé, encore… Pourtant, les lettres de la codification sont grosses ! répondit Germaine de sa voix aiguë.

Gertrude ne dit mot. Était-elle la coupable ? Pensé-je, en me cachant la tête entre deux espaces vides d’une étagère.

— Avez-vous acheté votre billet « Célébration » ? renchérit Germaine.

— Non, trop cher ! dit Gertrude

— Moi non plus, mais c’était quand même un beau spectacle à la télé ! ajouta l’autre.

— Moi, demain, je vais souper au restaurant Sagamité à Wendake. J’ai hâte ! J’ai eu une invitation ! C’est un restaurant gastronomique, vraiment spécial, mais c’est loin Wendake !

Mais qui avait dit cela ? Laquelle des trois ?

— Wendake ! C’est loin en p’tit péché ! Renchéris l’une d’elles.

C’est à ce moment précis que j’ai arrêté de les écouter et que mes doigts ont continué à effleurer, regarder, reclasser certains livres mal rangés, à lire des petits bouts de phrases de différents auteurs, pour finalement sélectionner quatre livres, même si je savais que la limite était de trois. Par la suite, j’ai remis mes grosses bottes, mon lourd manteau, mon bonnet avec un pompon en fourrure et c’est au comptoir avec mes précieux volumes que j’ai demandé à Lady Ghislaine :

— Je sais que nous avons le droit à trois livres, mais je suis une gloutonne… Puis-je en prendre quatre ?

— Ben, certainement, M’dame ! Pas de problème ! dit-elle gentiment, sourire aux lèvres, lecteur code-barre en main.

— Merci beaucoup et bonne année ! Je vous souhaite de la santé !

— Vous aussi ! Vous aussi !

J’aime ces Miladys. Elles sont spectaculaires dans leur unicité.

Mais qui classe mal les livres ? Est-ce que Germaine a apprécié la soupe aux gourganes de Gertrude ? Comment s’est déroulé le souper à Wendake ?  

À suivre. Peut-être ou peut-être pas…