C’est fait, c’est fait !
Hier, j’ai envoyé mon deuxième manuscrit (Le Clan d'Amélia) à neuf maisons
d’édition agréées (traditionnelles) au Québec. Je devrais peut-être aller
allumer un gros lampion à Sainte-Anne-de-Beaupré pour être dans le 1 % des
manuscrits acceptés par eux ?
Et ce n’est pas tout, j’ai aussi eu une longue conversation,
aussi enrichissante que dynamisante, avec une auteure-trice (à vous de
choisir), qui vit les mêmes défis que moi dans le monde littéraire. Ça m’a fait
un bien fou !
Plus active et connue sur les réseaux sociaux que moi, elle
possède un solide bagage dans l’univers des communications. Elle m’a lancé
cette suggestion :
—Tu devrais mettre un extrait de ton nouveau roman dans ton
fil d’actualité. Les gens les lisent et ça leur permet de mieux savoir comment
tu écris. On ne connaît pas grand-chose de toi…
« Ciel d’Afrique et pattes de gazelle », elle a bien raison !
(Si vous êtes nés dans les années 60, vous connaissez cette expression !).
Alors, « me voici, me voilà » (comme Grujot et
Délicat). Je vous partage un tout premier extrait aujourd’hui. Pour la suite,
j’oserai peut-être une touche de « crunchie » (de l’érotisme), pourquoi pas !
Ah, je vous vois déjà saliver… Il faudra être patient ! C’est le supplice du compte-gouttes !
Monseigneur
Meloche fixait devant lui le tronc d’un gros chêne bourgeonnant, en ce début
d’après-midi de mai dédié à la Vierge. Il avait enfoncé son chapeau sur sa tête
afin d’être dans une sorte d’état second, pour ne rien laisser échapper de
lui-même. Assis sur un banc de bois, derrière l’évêché,
les jambes écartées comme les hommes savent le faire si naturellement, il
aimait y méditer. Il se tenait loin du grand jardin et surtout des bruits
environnants de ce lieu de pouvoir.
Le
printemps était incroyablement doux. Lorsqu’il se mit à observer autour de lui,
il remarqua une belle luminosité qui ne le laissa pas indifférent. En baissant
le regard vers le chemin de terre sèche, il constata que les rayons chauds du
soleil atténuaient le violet foncé de sa soutane, ce qui l’amena à une
réflexion : « Je suis comme le chêne, la lueur du ciel éclaire ma part d’ombre.
La guerre change les gens. La guerre me transforme, je ne suis plus le même
depuis la mort de mon petit frère. Tout me touche plus qu’avant, je ramollis…
», marmonna-t-il en se passant les doigts dans ses cheveux, qui
s’éclaircissaient de semaine en semaine.
Meloche
avait rendez-vous avec Jules. Ce qui, autrefois, l’aurait énervé chez ce
vicaire ne lui faisait plus rien aujourd’hui. Sans doute que le temps et
l’époque l’amenaient à choisir ses combats et à ne plus essayer de tout
contrôler. Il avait appris l’indulgence envers lui-même et les autres, même si,
consciemment, il ne le savait pas encore. C’est en tournant la tête vers la
gauche qu’il observa la démarche pressée de ce vicaire anxieux qui voulait
toujours, et trop souvent, bien faire. « Je dois être patient avec lui. Vais-je
y réussir ? Je n’ai pas besoin de monter sur un escabeau pour prendre de la
hauteur et qu’il sache que je suis son supérieur. Faut que je descende un peu
de mes grands ch’vaux ! » Alors il le salua d’un sourire que Jules ignora, trop
essoufflé et préoccupé à calculer s’il était bien à l’heure ou en retard.
—Ne vous
pressez pas autant, mon cher ami ! lui cria Meloche sans quitter son banc.
Au moment
où Jules arriva presque en face de l’évêque, il l’entendit lui dire :
—Asseyez-vous,
monsieur l’abbé Lavoie. Cela me fait plaisir de vous recevoir aujourd’hui dans
ce si bel endroit. Et je vous dispense d’embrasser ma bague épiscopale, puisque
nous sommes à l’extérieur.
Jules
pensait rêver lorsqu’il prit place à côté de son supérieur. Il n’en croyait pas
ses oreilles et en devint quasi inattentif. Heureusement que le chant
harmonieux d’un chardonneret jaune le ramena à la réalité. Jules prit un soin
religieux à lui offrir ses plus sincères condoléances pour la perte de son
jeune frère, même s’il avait été présent à ses obsèques, deux semaines plus
tôt.
—Merci…
Prenons le temps de respirer l’air pur et d’admirer l’œuvre du Seigneur. Je ne
suis pas pressé aujourd’hui. D’ailleurs, j’apprécie que vous ayez appelé avant
de venir me visiter. Je n’aime pas les imprévus.
Jules n’en
revenait pas. Comment cet homme bourru avait-il pu changer aussi vite ?
Était-ce la mort de son frère qui l’avait transformé de la sorte ? Meloche
coupa court à ses questionnements en ajoutant :
—Qu’est-ce
qui vous tracasse ? Dites-moi…




