L’été
dernier, on ne voulait plus y penser, nous étions vaccinés et le déni
s’installait profondément avec la belle saison, le vino et les amitiés
retrouvées. La Covid était presque aux oubliettes, sauf pour aller magasiner,
masque recouvrant bien notre petit nez. Lorsque l’automne fut venu, la méchante
bête sournoisement se métamorphosa afin de mieux survivre. On l’ignora presque,
ne la voyant pas venir.
De nouvelles mesures sanitaires modifia le temps des fêtes et
pour certaines personnes, des tensions sont apparues avec la parenté des
non-vaccinées. Les divergences et les écarts
dans la manière de voir la pandémie en a fait suer plus d’un. Alors la nostalgie
du passé se fit sentir, l’époque d’avant, celle de la liberté, sans contraintes,
sans trop se poser de questions. Ciel que c’était le bon temps !
Aujourd’hui, à peine enclenché, le niveau maximal de délestage
dans les hôpitaux est très inquiétant. On frôle les 3000 hospitalisations, du
jamais vu. Il y a deux ans, on pouvait voir des arcs-en-ciel partout, maintenant,
on ferme les yeux et on se sert les fesses, en recevant notre 3ème
dose en se demandant à quand le prochain variant ?
Chaque époque voyage différemment dans le temps. Au 18ème
siècle, le mouvement philosophique, celui des lumières, voulait dominer le
monde à la vitesse que pousse un arbre, en combattant l’ignorance par la
diffusion du savoir. La lenteur était presque de la vivacité. De nos jours, la
rapidité est omniprésente partout, sauf à un endroit… La bête qui ne disparaît
pas !
Avoir la foi, c'est monter la première marche lorsqu'on ne voit pas tout l'escalier. Martin Luther King. On lâche pas gang !
Installée inconfortablement sur le banc de bois de la petite
église du village, j’écoute la messe de Noël qui se déroule en latin. J’ai
quinze printemps et nous sommes en 1833, avant la messe, j’ai dû confesser mes fautes
de l’année à Monsieur le curé. Ce fut facile pour les péchés d’orgueil, d’avarice,
de luxure et de gourmandise. Rien à inventer concernant la jalousie, la colère
et la paresse, car l’époque fait qu’on travaille tout le temps, qu’on voit toujours
le même monde et que l’énergie nous manque pour en vouloir à qui que ce soit. Entre vous et moi, je prends souvent les mêmes péchés que les
années antérieures. Je suis certaine que l’homme en soutane ne s’en souviendra pas. Comme le petit catéchisme ne sera
inventé qu’en 1885, je peux encore me la couler douce avec les commandements de
l’église. Ce soir, je placerai mon vieux bas habituel au-dessus de mon lit. Si j’étais
en 1930, nous aurions un arbre décoré et comme étreinte une orange,
mais ce fruit est beaucoup trop exotique à trouver en région, donc une pomme, j'accueillerai. Alors, passons
aux choses sérieuses, qui se fiancera cette année ? Je respire fort, je tourne
la tête vers la gauche et…
Je me retrouve en 1973, le banc d’église à Arvida est
toujours aussi dur pour mes fesses de jeune adolescente renfrognée. La messe de minuit est en français
avec des chansons entre les prières. À gauche, il y a une crèche vivante,
Monsieur Frigon et sa femme personnifient Joseph et Marie, pas de bœuf ni d’âne,
mais leur petit Jésus pleure tout le long de la célébration malgré les chants de la chorale. Perchée en haut, à l'arrière de l'église, ma cousine Édith Tremblay qui fait une carrière lyrique
en Europe chante le Minuit chrétien.Tout le monde se détourne en même
temps pour l’admirer, impossible de ne
pas l’applaudir. Sa voix exceptionnelle de soprano rend ma mère, toute ma
famille et les croyants au Nirvana. Les anges existent, je ressens leur beauté à travers sa
voix. Elle décédera le 2 juillet 2021, le cancer l’emportera vers ses parents, Josette
et Louis. J’ai cru entendre, entre les branches, que sur le nuage de Pavarotti, elle chantera le Ave
Maria de Gounod. L’immortalité a trouvé sa voix. Je tourne la tête vers la
droite et…
Noël 2033, j’ai 71 ans. Les églises catholiques sont toutes
fermées depuis des lunes. Ce sont maintenant des salles de spectacles ou des
condos. On parle davantage de survie de l’humanité que de spiritualité.L’environnement est devenu une religion. Nous sommes rendus au 235ième variant
de la Covid-19, un peu comme les ouragans, ils vont commencer à manquer de noms. C'est parce que les
pays pauvres sont toujours oubliés volontairement de la vaccination que le monde tourne en rond. Nous
utilisons maintenant les hologrammes pour nous visiter, c’est très tendance et
sécuritaire. J’ai décidé de sortir un vieux CD de ma cousine Édith pour surprendre mes petits enfants, ils sont difficiles à épater, vous savez. Je
n’oublierai pas de leur lire sa citation :
‘’J’avais un coffre débordant de
souvenirs,
Un jour, je pris la clef posée sur la
serrure,
Je l’ouvris et découvris toute la
mesure
D’une longue vie remplie de joies et
de rires,
De beauté, de peines, de pleurs et de
beaux chants,
Il fallait bien que je partage sur le
champ
Tous ces trésors avant qu’ils ne se dispersent
Dans le vent des jours qui lentement
nous bercent
Dans le temps de l’oubli
Dans le temps de l’infini. ‘’
Chers petits-enfants, ad vitam aeterman, la beauté traverse les époques, un peu comme les variants.
Je craque pour cette chanson de Noël de Damien Robitaille. Un artiste talentueux qui a été très actif sur les réseaux sociaux depuis la pandémie, en publiant des vidéos de reprises de chansons connues. Je suis certaine que même le Grinch arborerait un grand sourire élastique en l'écoutant ! Faites attention, chanson velcro assurée !
Un petit coucou anodin, rare, qui
se veut discret, mais tout aussi sincère. Je deviens économe de mes écrits sur
mon blogue. Cette retenue provient d’un tourbillon incessant depuis fin octobre,
début de ma retraite, qui m’amène à réaliser finalement mes rêves, c’est-à-dire,
vivre pleinement, goulument, chaque minute de la vie qu’il me reste. Bye-bye la
pression de performance, de vitesse, de fatigue, de surcharge autant du côté personnel
que celui professionnel. Je m’offre du temps de qualité en cadeau, ici et maintenant.
Je ne suis pas différente des autres
retraités, les journées ne sont pas assez longues pour tout faire, trop occupée
! Monsieur Legault, il ne faudra pas
compter sur moi pour le manque de main d’œuvre, même avec des incitatifs, j’ai
déjà donné !
Certains font du bénévolat, moi,
j’écris un roman politico-historique, mais c’est du boulot, autant que du gros
plaisir ! La recherche, le plan, les webinaires et bientôt un atelier littéraire
à l’Université Laval font que je carbure à l’écriture comme une abeille-tortue,
vite dans l’inspiration du moment, lente dans le scénario. D’ailleurs, actuellement,
mon maître à penser est Bernard Werber. Cet auteur prolifique donne d’excellents
conseils sur YouTube. Je vais atteindre les 80 pages bientôt même si mon plan est
difficile et laborieux à concevoir. Monsieur Werber, ce génie littéraire, a une
méthode, disons, plus qu’exigeante. Il a écrit 400 pages seulement pour le plan
de son livre La trilogie des fourmis, afin de le réécrire 20 fois, différemment, sans copier
ni coller quoi que ce soit ! Il vient d’ailleurs de publier La prophétie des
abeilles, j’dis ça comme cela, la période des fêtes est arrivée. Bon, je
reste réaliste, je ne serai jamais une Bernadette Werber, ce n’est pas le but,
les mots me tirent vers le haut d’une vie heureuse, je butine le jour et même
la nuit dans mes rêves l’histoire de mon futur roman. Écrire demande de la
discipline certes, sans oublier de lire les briques d’auteurs connus et moins
connus. Tout cela est formateur, car les mots sont de la musique à mes yeux.
Je me cuisine une retraite gastronomique
de qualité avec ma belle tribu, quel privilège, je sais. Est-ce que je fais
encore du yoga? Bien sûr.
Je vous souhaite de joyeuses
fêtes et une année 2022 en santé avec un 3ième vaccin Covid ! Le reste, c’est du bonus. Le cancer de mon
fiston m’a fragilisé, la vie est courte, écoutez votre petite voix. Elle seule
sait où se trouve votre bonheur. Prenez soin de vous ! A+
Dire qu'il y a quelques années, j'écrivais à tous les jours sur mon blogue. C'était un besoin viscéral, pour le plaisir de partager. Doucement, je me suis sevrée. J'aime moins étaler ma vie privée sur mon blogue. Je deviens pudique, parce que maintenant, les réseaux sociaux font peurs, avec un grand P. J'y vais de moins en moins, sauf pour placer des photos de paysages de mon coin de pays sur Instagram. Si j'avais un chat, il aurait la cote, mais j'ai un vieux chien qui est en fin de vie, c'est une autre histoire. C'est fou comme la toile Internet a changé avec les années et pas en mieux. Faut y aller avec parcimonie.
La retraite arrive à grands pas, fin octobre. Mon projet d'écrire, un roman politico-historique est commencé. Aussitôt que j'ai du temps libre, je tape sur mon clavier. Je ne vise aucunement à être publiée (je vous jure). Je suis une fille logique. Faut être connu, reconnu ou avoir un talent exceptionnel. Je n'ai ni un, ni l'autre. Juste le goût de mélanger, comme en cuisine, mes passions. L'époque, celle avant la colonisation du Saguenay-Lac-St-Jean et de mes ancêtres. Faire des recherches m'apporte autant de joie que d'écrire. Je me retrouve dans un labyrinthe de surprises et de découvertes. La généalogie et l'histoire sont mes drogues comme un partisan du Canadien de Montréal ou anciennement des Nordiques de Québec. J'aime les overdoses de connaissances. Si vous me demandez avec qui j'aimerais partager un repas ? Un historien, voyons, pis du vin ! Pauvre de lui. Chronomètre dans ma main, il aurait déjà disparu !
Nature, yoga, écriture, marche, famille, amis, sont mes leitmotivs. J'allais oublier Netflix. En ce moment, Blindspot. OMG !
Bon, comme dirait ma mère, rien de spécial, c'est bien tranquille. Pianoter sur un clavier, j'aime ça. C'est comme parler. Cela ne veut pas dire que je parle bien. Mes ailes sont ouvertes, je plane. Je vous en souhaite autant.
Me voici, me voilà, j'entends dans ma tête la musique de Grujot et
Délicat. C'est sorti tout droit de mon cerveau, en souvenir d'une série
culte jeunesse, diffusée à la télévision de 1968 à 1975. C'est fou comme tout
ce qui touche notre enfance marque notre vie à jamais, surtout si vous êtes
comme moi et que vous avez une mémoire spongieuse et sélective.
Depuis deux mois, j'habite à temps plein à la
campagne avec comme paysage de fond, les vaches de Monsieur Racine et des
milliers d'arbres. Je descends une petite butte et je retrouve mon boisée ainsi que la
rivière, ma rivière. Le ruisseau est à sec, la température chaude de cet
été a eu raison de lui. Il va revenir, avec l'automne, j'en suis
certaine, en même temps que ma retraite.
Comment vais-je ? Je vais comme mes enfants vont.
Ils sont le baromètre de ma santé mentale. Fiston, celui qui est en rémission d’un
cancer, a eu un grave accident de VTT, grosse opération et douze semaines de
béquilles. Disons que la vie n’a pas été facile pour lui dernièrement. Heureusement,
c’est de l’histoire ancienne. C’est fou comme tout ce qui touche nos enfants marque
notre quotidien et notre moral à jamais, ça gruge et on devient délicat, Grujot et Délicat.
J’ai stressé pendant vingt quatre
heures, c’est long 86,440 secondes. Juste parce qu’en mettant mon chandail, un
beau matin de cette semaine, je me suis aperçue que je débutais une cellulite, à
l’endroit précis de mon vaccin Moderna, 7 jours après l’inoculation.
What ! Quoi ! Késsé ça ! Je m’imaginais,
intraveineuse au bras, à l’urgence, comme il y a deux ans. Une cellulite
infectieuse due à une minuscule, mais méchante, piqûre de moustique.Je ne pogne plus du tout avec les hommes,
mais les bestioles virent folles en me voyant.Je m’en passerais royalement !Je
préfère les hommes, franchement.
Alors qu’importe, j’ai pris mon
courage à deux mains et j’ai débuté les appels, en même temps que j’étais en
télétravail.Efficace l’ABC (aînée bien
conservée ! emprunt à Serge Denoncourt).
7 heures 50- Le 811 info-santé. L’infirmière me
réfère à mon médecin.
8 heures 15- Ma pharmacienne habituelle, me réfère
à mon médecin.
8 heures 30- La boîte vocale de mon médecin indique
ce beau message : ''Ne laissez aucun
message dans la boîte vocale,nous ne
les écouterons pas''.Haut-le-cœur psychologique.J’ai appelé 3 fois pour être certaine d’avoir
bien entendu.
Midi- Ma pharmacienne avec photos de mon
bras envoie un message à mon médecin.
16 heures 30-Mon médecin, fin de journée,
confirme une cellulite infectieuse. Prescription d’antibiotiques.
16 heures 45- Un autre pharmacien m’affirme que ma
réaction est purement allergique et que tout entrera dans l’ordre d’ici deux
jours, juste à prendre des caplets de Réactine.
Un instant, qui croire ?
Après un ping pong entre
professionnels de la santé, c’est le pharmacien qui gagna (rien, sauf mon
admiration). Rares sont les médecins au courant de cet effet secondaire. M’a-t-il
dit, le commun des mortels aussi !
Ma deuxième dose est prévue à la mi-août,
avec une grosse chance que cela se reproduise.Mais cette fois-ci, je suis au courant, pis c’est moins pire que d’attraper
la Covid, me semble.
L’été sera pimenté, déménagement au
chalet avec fort possiblement des nuées de bibittes à l’horizon. Je prendrai des douches d’insectifuge DEET, mon
nouveau parfum estival.Chanel peut
aller se rhabiller. Faut ce qui faut !
As-tu écouté les funérailles du
prince Philip ? Me demandait dernièrement un ami. Dehors, à plus de deux mètres,
Covid oblige.
-Of course !J’ai même vu en direct, la réconciliation de
William et Harry, mais ma Queen me semblait bien seule, la pauvre, à son âge, c’est
tellement triste.
-As-tu écouté la série The Crown ? La
seule qui fait pitié, c’est Diana. rajouta-t-il.
-Oui, j’ai écouté, mais pas aimé.C’est une fiction historique, c’est pas une
biographie. La monarchie, on ne voit que sa surface. J’avoue que la série
montre la prison dorée des traditions, mais Charles n’a sûrement pas juste des
défauts.
-J’en doute. Me lance-t-il. Et puis
on a changé de sujet.
J’aurais pu lui dire que…
-Charles est un jardinier
environnementaliste, il tripe horticulture tout autant que de faire des aquarelles dans
ses temps libres. Ce Duc de Cornouailles travaille,
ben oui ! Il gère une entreprise de 100 employés, soutient l’agriculture
biologique et serait même très proche des petits agriculteurs.Tu sais pas, mais le titre de Duc de
Cornouailles appartient toujours au fils le plus âgé du souverain, depuis 1337
(Édouard III).Bon, d’accord, il est à
la tête d’un empire personnel, de châteaux, un littoral, des parcs nationaux,
de deux villes (Pummery et Nansledan), de vastes terres et de biens
immobiliers, mais lorsqu’il sera roi, tout ira à William. Charles pourra même s’appeler
Édouard ou Georges ?Pourquoi pas Albert,
car quiconque monte sur le trône peut se choisir un nouveau prénom.
J’aurais pu ajouter que…Tu es un vrai
québécois. Tu as de la difficulté à comprendre deux mots, toujours et
tradition.La monarchie britannique est
une institution traditionnaliste moyenâgeuse fermée aux changements. Elle
carbure aux traditions, à la doctrine. On a beau être dans le Commonwealth
comme 53 autres anciens territoires de l’Empire britannique, on a quitté le bateau
bien avant Harry et Megan, mais des fois, on aime son glamour.
Mon chien me regarde avec des yeux attendris. Il
est le seul qui ne se sauve pas lorsque je parle de la monarchie.
-Je t’ai acheté un cadeau. Me
lança Monsieur le Marquis en me donnant une boîte rectangulaire bien emballée.
-Ben voyons, c’est pas ma
fête!T’es ben trop gentil ! Lui dis-je.
-Ouvre, tu verras bien.
-Des bas chauffants, Merveilleux
! Pareils que ceux de Diane qui adorent les siens.Mes petits orteils te disent un gros MERCI !
-Tu sais, j’me suis fait
plaisir aussi. Parce que, plus tu restes des heures et des heures dehors, plus longtemps j’écoute
mon golf tranquille.
Stoïque, les yeux ronds, mon
bon vieux Freud m’est revenu en tête, avec le dilemme du hérisson.Grossièrement, cela raconte que l’homme est
un hérisson. Il ne peut pas vivre sans l’autre, mais lorsqu’il s’en approche
trop, il s’y pique.
Paroles d’une hérissonne,
Monsieur le Marquis est un adorable hérisson qui ne manque pas de piquant !
P.S.Les bas chauffants sont indispensables pour
nos hivers québécois. N’hésitez pas à vous en procurer. Ils sont onéreux, certes, mais ils valent l’investissement.
Je viens de terminer de déguster un
succulent bagel aux œufs et jambon. Un divin petit plat, tout en simplicité, préparé
par Monsieur le marquis (mon conjoint).
En vieillissant, je mange ce genre de mets avec une fourchette et un
couteau, même chose pour un sandwich, histoire de ne pas me salir les doigts. D’ailleurs,
je ne vous apprendrai rien ou peut-être si, mais le terme sandwich tire son
origine de John Montagu, 4ième comte de Sandwich, qui est aussi un
ancien port du Moyen âge. Tout est vraiment une question de perspective, de la
manière de voir les choses. Je suis la princesse au petit pois. J’ai été
élevée dans la ouate, ce n’est pas ma faute !
Faut dire que la monarchie en prend
pour son rhume en ce moment.Comme il y
deux cotés à une médaille, je vais me garder une petit gêne pour juger.Toutefois, en privé, je me lâche lousse, en
essayant de comprendre les uns et les autres.Une grosse chicane de famille qui se retrouve dans les médias, ça change
de la Covid et du télétravail. En passant, les français disent le Covid sur
TV5, mais l’Académie française a tranché pour la Covid.Je ferme l’aparté.
Et je poursuis. Depuis que mon homme
est à la retraite, j’ai un chauffeur privé, un cuisinier, un Monsieur qui règle
TOUT, surtout ce qu’une noblesse ne veut pas toucher.Dans une autre vie, j’étais peut-être
Victoria !
-Tu fais un blogue ?Tu vas écrire sur quoi ? Me demande mon
homme.
-J’ai de l’inspiration, là, maintenant.Merci pour ton délicieux bagel !Je suis vraiment une princesse choyée.
-T’es pas une princesse, t’es
rendue une reine !
Certes, la prochaine fois,
je sortirai mon argenterie pour manger mon sandwich. Entre vous et moi, elle doit se sentir bien seule la reine en ce moment. Moi, j'ai le meilleur des deux mondes.
Depuis samedi, le 9 janvier et pour
la première fois de notre histoire, nous vivons un couvre-feu généralisé au
Québec et ce, jusqu’au 8 février. Du jamais vu, un traitement choc afin d’éviter
les rassemblements, même les plus infimes et surtout sauver notre système de
santé. Nous avons failli
pendant le temps des fêtes, malgré le respect des directives d’une grande partie
de la population. Les hôpitaux et les employés sont débordés, les chirurgies
reportées.Ad nauseam de ceux et celles
qui ne prennent pas les règles au sérieux. Néanmoins la vaccination a commencé,
lentement mais sûrement, c’est encourageant, la sinistrose achève.
Et comment va fiston ? Il est en
rémission, Taco aux 2 mois. C’est pas compliqué, je fourmille de bonheur et
tout est plus léger, même la méchante Covid. Le télétravail se poursuit, la
marche, la raquette et le Yoga-Pilates aussi. Je suis en mode gratitude, mon moral est moins
lilliputien.
Et puis, je me dis qu’au-delà de
cette période moche où le contact humain se recense au compte-goutte, que nous
sommes amputés de notre insouciance, la vie va finir par reprendre son cours.Allons respirer l’espoir, enfilons nos
manteaux, habitons la liberté qu’il nous reste, mais pas entre 20 et 5 heures,
couvre-feu oblige.
Il est certain que cette
année, les fêtes seront différentes et ne ressembleront en rien aux années
précédentes. Covid oblige, on devra faire avec.
Dans nos petites bulles
rapprochées, pas de party, mais beaucoup de visioconférences. Faut se rappeler
que ce n’est pas parce que l’on ne se verra pas, en chair et en os, que l’on ne
s’aimera pas, mais la distance fera mal, je vous l’accorde. On dit que l’extraordinaire
est dans la profondeur de l’ordinaire. C’est
mon mantra de la semaine.
Qu’ils sont loin les Noëls
de mon enfance avec la pile de manteaux de fourrure sur le grand lit de mes
parents et des festivités qui n’en finissaient plus.De la grande table des adultes collée à celle
des enfants, on pouvait y trouver de la bonne tourtière du Lac-St-Jean avec un
lièvre dedans. C’était surtout la famille Girard de ma mère, des joyeux
boute-en-train aidés par la bière, le gros gin et l’alcool fort. La matriarche,
ma grand-mère Améda admirait sa fille, la femme orchestre. Son tablier sur sa
belle robe, elle papillonnait à s’en étourdir. Les adultes buvaient et jouaient
aux cartes longtemps, cantonnés dans un immense nuage de nicotine. Une fête n’attendait
pas l’autre, mais la cacophonie était une douce musique à mes oreilles. Ce n’était pas tant les cadeaux, c’était l’esprit
de famille qui m’emballait. Et puis, tout
ce beau monde repartait en voiture, pas attaché, une bière entre les jambes. Faut croire que les miracles existent.
Vint les Noëls de ma
propre famille, mon conjoint, mes enfants et la présence unique de ma
mère.Des fêtes avec leurs propres
couleurs, beaucoup plus tranquilles. À la fin de la soirée, ma maman attendait,
bien assise sur une chaise, son chapeau de fourrure sur la tête. Signal qui
voulait dire : La fête est terminée,
venez me reconduire ! Le goût de festoyer a pris la poudre d’escampette, avec elle, à sa mort en 2014.Le temps
des fêtes est devenu tristounet, mélancolique. Ce qui était acquis ne l’était
plus.
Fiston a terminé ses 48
traitements de chimio.On saura cette
semaine s’il est en rémission ou s’il devra se faire opérer et/ou refaire de la
chimio. On zieute l’espoir malgré la
peur. Les deux jouent à cache-cache.
Ma dernière de 22
printemps me sort toutes sortes de mots anglicisés. Le dernier en lice est se ''chixer’’ (se faire une beauté). À chaque
fois, mes cheveux se grisent en dessous de ma coloration et mes yeux s’écarquillent
de stupéfaction. Heureusement que mon
cellulaire ne dort jamais très loin et que Google existe ! Toujours est-il que
les trentenaires chillent (prennent du bon temps), les milléniaux, eux, chixent.
Que va-t-il rester de la langue
française dans toute sa beauté ?
Faut dire que j’aime les
mots moyenâgeux comme ‘’en lice’’. Plus
il est âgé, plus je vais l’apprécier.Certes, un mot qui a le poids du temps mérite toute mon admiration.
Alors lorsque le cratère
générationnel apparaît, je monte sur mon cheval blanc, au galop, je pitonne le
plus vite que je peux, afin d’aller la rejoindre avant qu’elle ne prenne la poudre
d’escampette dans son monde numérique. À cache-cache des mots de Molière et un
peu trop près de ceux de Shakespeare, elle ne peut pas résister à l’ivresse de
son temps.
J'ai toujours aimé l'automne, cette année, c'est différent.
En télétravail depuis un mois, mes temps libres sont
vachement (c’est un compliment) occupés à cuisiner (Coco-Poubelle a toujours
faim) à marcher et au travers de tout cela, quelques mouvements de yoga se collent à mes journées. Le cancer de
fiston est rock and roll. Une journée, il fait un embolie pulmonaire et une
autre, ses métastases rapetissent sur ses poumons. Aucune idée pour les
ganglions et l’abdomen. Mes émotions jouent donc au yoyo. La 3ième et avant dernière série de chimio est très
difficile pour lui. Il a un
moral d’acier, mais plus un poil sur la tête, ni de barbe, peu d’énergie et de concentration. De ses cheveux, il ne dit mots, mais de sa
barbe, il s’ennuie. Un peu comme un arbre qui perd ses feuilles, son corps détache ce qu'il ne veut plus et ce, sans lui demander son avis.
Comment recoller les morceaux de cette étrange période
Covid qui continue à s’abattre sur nous ? Chacun essaie à sa manière de faire
son gros possible, pour garder la meilleure version de soi-même.Déjà, la neige a recouvert le sol de sa
blancheur, je souhaite qu’elle nous
éclaire.Et toi, mon fils, mon porteur
d’espoir, toi plus grand que nature. Où puisses-tu ta force ?
Épilogue
Rares sont ceux qui ne sont pas un aidant naturel pour un proche. Un papa, une maman, un fils, une fille, une sœur, un frère, un ou une amie, nommez-les.De cœur à cœur dans le tourbillon de nos vies, cette personne devient notre priorité. La semaine du 1 au 7 novembre prochain sera la semaine nationale des proches aidants.Pour ne pas s’oublier, il faut s’outiller. Allez fouiner INFO-AIDANT, ça ne pourra que vous aider.
Cet automne est décidément surréaliste. Le silence fait du bruit.
Depuis son premier souffle, ses
premiers pas, ses premiers mots, je me suis toujours efforcée à bien prononcer
ses deux prénoms Nicolas-Claude. Tout d’abord parce qu’ils
sont beaux et parce que l’un d’eux, rappelle à mon conjoint, le prénom de son
père. Un petit clin d’œil à l’invisible.Même long, j’ai toujours persisté et signé. Faut dire que fiston à lui
seul vaut bien deux personnes, minimum. Énergique comme ma mère, qui provenait
elle, d’une famille de TDAH inusable presque indestructible. Ce qui fait de
nous, génétiquement, la famille Ritalin.
Ceci dit ou écrit, il m’arrive
quelquefois de l’appeler Cloclo, à bien y penser, je suis la seule de la
famille à lui donner ce diminutif affectueux. Dernièrement Cloclo est devenu
Coco, parce qu’avec la chimiothérapie (12 traitements sur 28 de faits), il a
perdu ses cheveux, sa grosse barbe à la mode, niet, disparus. La cortisone le
fait manger aussi comme un ogre alors Coco devient affectueusement
Poubelle.C’est pas compliqué, il n’a
pas de fond !On cuisine, on cuisine, on
cuisine.Oubliez les grandes
préparations culinaires du genre des tartelettes au fromage mascarpone sur
croûte Granola avec truite fumée, on ne fournirait pas !
C’est fou comme il est courageux, il
ne se plaint jamais. Va à ses traitements, mange, dort comme un ours, il hiberne et Poubelle devient le Dormeur.
Les enfants nous sont prêtés, ils
nous apprennent à ne jamais baisser les bras.Dans la maladie, mon dormeur devient mon héros.
Sur les plaines d'Abraham, on peut y admirer la beauté du fleuve St-Laurent et Lévis.
Dans la jungle de béton d'une ville, il y a toujours de beaux paysages à découvrir. Il faut juste prendre la route à pieds, puis marcher, marcher et marcher. Quel plaisir de voir Québec différemment !
Le quartier St-Jean-Baptiste à Québec est décidément mon préféré. J'ai bien fait une bonne quarantaine de kilomètres, cette semaine, selon ma précieuse Fitbit. En voici quelques clichés.
Un proprio indécis ou amoureux de l'art urbain
Le MNBAQ fleuri
Art visuel au MNBAQ
La Tour Martello 4 pour protéger Québec contre l'invasion américaine dans les années 1818 environ. On connaît la tour située sur les plaines, mais celle-ci est un bijou méconnu de la population. Elle est vraiment bien cachée dans le quartier.
Art urbain
Art urbain
Coin caché, tout près du Centre communautaire Lucien-Borne, au coeur de la Haute-Ville. On peut voir en bas, une petite partie du quartier St-Sauveur.
Fiston devait commencer sa chimio la semaine du 7
septembre, mais avec le férié, il a débuté le 14 (il faut 5 jours consécutifs,
jours ouvrables). Je vous passe la néphrite et ses visites à l’urgence reliées
à ce léger retard, presqu’un cauchemar !
Alors c’est enfin parti mon kiki ! Sa première semaine
est le commencement de sa guérison, rien de moins ! Je suis de nature
optimiste, puisqu’avec chaque intraveineuse, on s’approche de la santé.
Cependant, pour lui rappeler, un peu de nausées et de fatigue en fin de
journée. Chaque cancer a sa recette de Ricardo-chimio. Son oncologue (un très bel
homme en passant, bonheur aux yeux) possède un minuscule petit livre de recettes d’où
il recopie les ingrédients sur un formulaire.Monsieur courage, fiston, aura 3 autres séries intensives, ce qui nous amènera
à la fin décembre.
Au début-début, étant nouvellement proche-aidant, on ne sait pas grand chose. On vit dans l’incertitude, en sachant très bien que les effets
secondaires sont incontournables, qu’ils peuvent survenir à tout moment à
différents niveaux. J’imagine qu’ils
vont s’intensifier,d’où l’importance de
le nourrir le mieux possible. J’ai donc pris
une semaine de congé au travail et je me suis transformée en maman oiseau,
style Maman Dion et Sœur Angèle (en plus jeune), pour leur côté réconfortant,
talent en moins, j’y mets tout mon cœur.Concernant son appétit, fiston a toujours été une poubelle, dans le sens
qu’il mange comme un ogre, c’est encore vrai, mais seulement à 16 heures, après ses
traitements qui sont intenses et quotidiens.
Dans ma vieille, mais vraiment vieille revue du vrai
Ricardo, la nutritionniste Caroline Tran, spécialisée en oncologie au
CHUM-Hôpital Notre-Dame, mentionne que l’alimentation doit être vue comme une
partie intégrante du traitement contre le cancer. La revue est tellement
obsolète, qu’elle ne doit plus travailler là, mais bon, un conseil comme
celui-là, ça ne démode pas. Faut donc augmenter la teneur des protéines dans
les repas en y ajoutant du fromage râpé, tofu, beurres d’arachides, noix,
morceaux de viande, œufs durs, légumineuses et lentilles. L’ajout, j’oublierai pas ! Les fameux Boost, Ensure,donnent un bon coup
de pouce aussi. Ils ont leur importance. On ne fera pas toujours dans la
gastronomie en chimiothérapie.Ça rime
en crime.
Fiston n’est pas rendu à tout ce qui mange a mauvais
goût (dysgueusie). J’veux même pas y penser. On s’accroche à nos petites
victoires, une bouchée à la fois. Une odeur, une couleur, le souvenir d'une bonne bouffe et la vie
devient plus belle. La nourriture est tellement réconfortante, paroles de maman
oiseau. Je vous quitte pour laver mes plumes.
Se
sentir aspirer vers l’arrière et être violemment catapultée sur un mur de
briques. Un face à face avec la dure réalité de la vie, c’est exactement la
sensation que j’ai ressentie lorsque j’ai appris cette semaine, que le cancer des testicules de mon fiston de 27 ans est de grade 3 et qu'il s'est propagé à l’abdomen, aux ganglions et
aux poumons. En dépit de cette mauvaise nouvelle, le taux de survie
se situe entre 60 et 70%. Fiston dit que c’est surréaliste. L’an
passé, il trippait sa vie à Berlin à enseigner le français à ses jeunes élèves
du primaire tout en visitant 16 pays. Puis, la Covid est arrivée.
Cela
dit, un diagnostic de cancer ne fait jamais dans la dentelle, c’est violent et
les traitements nous donnent la chienne. Sa chimio doit commencer
dans la semaine du 7 septembre jusqu’à la fin novembre. On nage dans
l’inconnu, chacun à notre manière et à notre rythme. Certains jours,
on marche les pieds nus sur de la vitre en apprenant à avancer malgré la peur. Puis la vie continue, nos fêlures deviennent lumineuses parce qu’on s’aime
tout simplement.
J’ai la tête vide, les mots ne veulent pas se déposer
sur ma page blanche, c’est peut-être mieux ainsi, parce que dernièrement, l’un
d’eux m’a fait vraiment peur. Toujours
est-il que le cancer existe encore même en temps de Covid.
Brutalement, sans prévenir, il est entré dans notre
famille. L’un de mes enfants a reçu un
diagnostic de cancer le 24 juillet dernier.
Le côté positif (il faut bien en trouver un) est que la survie relative
de cet intrus s’élève à 97% après 5 ans. Ça reste que le cancer, ce n’est pas
une grippe. Fiston n’a pas perdu son
sourire, sa joie de vivre légendaire, son autodérision pour autant, il navigue dans l’incertitude comme un
capitaine de bateau. C’est fou comme nos
enfants peuvent nous impressionner dans l’adversité.
De mon côté, je suis une mère moussaillon, j’apprends
à retrouver ma sérénité en essayant de ne pas trop m’inquiéter pour lui. La détresse empathique n’aide personne. Je détricote mes peurs, une maille à la fois.
Il y a certains mots que j’enveloppe dans la laine, comme-ça, ils me font moins
peurs.
Il était temps, un peu d’insouciance,
une brise de légèreté parce que la Covid a frappé fort notre printemps
planétaire. Va-t-elle nous donner une deuxième vague à l’automne ?Nous ne voulons pas trop y penser.
Pas facile de tenir la distanciation
sociale, mais on fait de notre mieux. Dans tout ce tourbillon d’émotions, ce
virus nous impose des leçons de vie, nous obligeant à revoir nos façons de
penser, de faire et de vivre. Nous avions tout sans attendre, maintenant, il
faut apprendre à patienter et à s’adapter. Être vite sur la gâchette du
changement et de la créativité.
Cela dit, l’été, nos peurs sont moins
présentes, elles prennent facilement la poudre d’escampette, nous retrouvons
enfin un sentiment de confiance. Adieu le spectacle de notre groupe préféré, le
voyage en Italie, le saut en parachute en tandem (j’exagère à peine), pas
grave, au moins, nous sommes vivants et nous apprenons à apprécier ce que nous
avons. Ce sera le plus bel été de notre
vie. Il le faut, pour tous ceux disparus qui n'ont pas notre chance.
Saviez-vous que les apiculteurs s’habillent
de blanc pour ne pas se faire piquer par les abeilles ?Le blanc est réputé procurer un sentiment de
sécurité.Tiens, je vais en porter un
peu, beaucoup, passionnément, puis me faire une rôtie pleine de miel.Je vais la napper d’espoir et d’insouciance,
l’été, c’est fait pour cela, pause farniente. Profitons, savourons, mangeons,
dansons, aimons.La Covid rôde toujours, gentiment camouflée comme les vaches de Monsieur Racine.