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Lorsque
l'on vieillit, est-ce qu'on change vraiment ? Un peu, beaucoup, passionnément
? Dans mon cas, la retraite au chalet se savoure à la vitesse d’une tortue
dans le froid sibérien du Québec. Avant, j’avais la sensation d’être dans une
tornade, un gros cumulonimbus sans fin. Il a fallu que j’arrête pour sentir et
apprécier la différence et elle est immense, croyez-moi !
Comme
aurait dit mon adorable mère, le matin, il ne faut pas me pousser dans le dos,
je m'y projette moi-même à chaque battement d’ailes. La retraite, c’est indubitablement
une Dolce Vita, en tout cas la mienne. Accompagnée d’un bon café avec refile, je butine
les réseaux sociaux, puis j'écris mon roman avec ou sans inspiration. Je suis
rendue à cent pages, je vise le deux cent cinquante, aucune date butoir pour y
arriver, sauf celle de ma mort que je veux tardive. Le jeudi, j'ai mon cours en
littérature à l'Université Laval, celle du 3ème âge, ça existe vraiment ! Sur
vingt personnes, deux hommes et dix-huit femmes, la majorité avec de beaux
cheveux blancs qui les auréolent dans la lumière bleue de mon écran. La semaine
passée, j’ai appris qu’on ne peut pas écrire : Elle se sent triste. Il
faut amener le sentiment sans le nommer. Nous avons
deux petits ateliers d’écriture spontanée, une méthode qui viole ma vitesse de
croisière de nouvelle retraitée. Alors, je triche. Cette semaine, j’ai préparé en avance
mes textes. Le stress de performance m’a habité toute ma vie, je n’en veux plus
! Je deviens la mémé délinquante !
Dernièrement,
j'ai repris le crayon de plomb comme dans ma jeunesse. En mode pause, je vis dans un autre monde. J’ai l’impression de rajeunir avec l’odeur du papier et de la mine
HB2. Je sniffe pas de colle, soyez sans crainte.
Vers 11
heures, c'est la marche santé rapide pendant 60 minutes avec mon conjoint. Encore
là, Les reptiles que nous sommes se dandinent à la compagne. Vous saviez qu’une
tortue est un reptile qui existait avant les dinosaures ? Pas moi, je continue.
Bref, des fois on trottine reptilien aussi, et c’est bien acceptable. En
pandémie, Monsieur le marquis, aussi à la retraite, est devenu mon siamois sans
les caprices de l'animal. Bonne bouffe, rendez-vous, commissions,
entretien du chalet, projet rénovations, lectures, généalogie, TOU.TV, Netflix, sont toujours
appréciés. La tortue vaccinée jubile de gratitude, faut juste ne pas trop écouter
les mauvaises nouvelles à la télé.
Est-ce
que l’on change en vieillissant ? Sur certains aspects, la réponse est
affirmative, on vise à devenir un bon vin, en espérant se bonifier au lieu de
se vinaigrer. Ma retraite permet de retrouver ma véritable essence, celle de
l’artiste, qui s’était peu à peu effacée. Il y a des mémés tortues herbivores,
omnivores, carnivores. Moi, je suis la mémé artistevore et comment est la vôtre ?